Au sein de l’association « Vivre dans l’Espérance » (VIE), la prise en charge psychologique et sociale constitue un pilier fondamental de l’accompagnement des personnes et des enfants vivant avec le VIH/sida. Cet accompagnement vise à soutenir les personnes dans les moments les plus sensibles, à favoriser la résilience et à renforcer leur inclusion sociale.
L’interview d’Isabelle-Afi Noukamewor, psychologue à l’association « Vivre dans l’Esperance » (VIE) confirme l’importance de sa mission.
INTERVIEW DE LA PSYCHOLOGUE DE « VIE »
Afi Isabelle Noukamewo, psychologue de l’association « VIE » a bien voulu répondre aux questions de l’association Yendouboame :
Yendouboame
Comment définiriez-vous votre rôle au sein de VIE ?
Isabelle
Notre rôle au sein de VIE consiste à soutenir le bien être psychologique des bénéficiaires (enfants et adultes) ainsi que du personnel.
Yendouboame
Quelles sont vos activités auprès des enfants ?
Isabelle
Auprès des enfants de VIE, nous menons des entretiens individuels, des activités de groupes et du soutien aux éducateurs des maisons. Les activités de groupe consistent en des séances de discussion sur des thématiques définies en rapport avec les difficultés des enfants (exemple : des séances de renforcement de l’observance chez les enfants infectés, des thématiques pour l’acquisition des compétences de vie courante, des séances pour une gestion responsable de la sexualité…).
Yendouboame
Quels sont les principaux troubles que vous notez chez les enfants séropositifs ?
Isabelle
Les principaux troubles que nous notons sont : la dépression, l’anxiété et la peur liée à l’incertitude par rapport à leur avenir, les troubles du comportement et une baisse de l’estime de soi.
Yendouboame
Face à ces troubles, quelle est la conduite à tenir par les éducateurs ?
Isabelle
Les éducateurs (parents, tuteurs et éducateurs des maisons) contribuent à l’identification des enfants en difficulté pour un meilleur accompagnement. Par ailleurs, ils sont informés et formés pour mieux comprendre les besoins et émotions des enfants. Ils peuvent ainsi participer activement à leur éducation en tenant compte de leur vulnérabilité.
Yendouboame
En ce qui concerne votre expérience au sein des stages de memory box : Pouvez-vous nous préciser comment ils se déroulent ? Est ce qu’ils permettent aux enfants d’être résilients ?
Isabelle
Notre expérience au sein de memory box nous a permis de mieux comprendre la place de l’histoire de chacun dans le processus de guérison sur le plan émotionnel.
Ce programme de prise en charge des enfants et de leur famille permet de développer la résilience. En effet, on observe une adhérence aux traitements chez certains enfants qui ont compris leur histoire à travers la participation aux camps du memory box. Les parents/tuteurs également comprennent mieux les besoins et les vécus des enfants et les accompagnent pour retrouver leur équilibre, en vue d’un développement harmonieux. À travers le memory box, les parents/tuteurs aussi guérissent de leurs blessures du passé pour mieux accompagner les enfants.
Yendouboame
Quelles sont vos motivations pour travailler au sein de VIE ?
Isabelle
Travailler au sein de VIE nous permet :
- De découvrir et de comprendre ce que vivent les populations vulnérables ;
- De donner le sourire à un être éprouvé par la vie pour un monde meilleur ;
- D’approfondir mes connaissances sur la psychologie clinique.
Yendouboame
Est-ce que les enfants subissent encore la stigmatisation par rapport à la maladie ?
Isabelle
Grâce au programme de memory box, les parents/tuteurs sont impliqués dans la prise en charge des enfants et comprennent la maladie, ce qui fait que la stigmatisation, en rapport avec la maladie, a considérablement été réduite.
Yendouboame
Merci, Isabelle, pour toutes ces informations.
Un accompagnement proposé à chaque étape clé.
L’accompagnement psychologique et social est systématiquement proposé :
- aux personnes nouvellement dépistées ;
- aux victimes de discrimination ou de stigmatisation ;
- aux patients en échec thérapeutique ;
- aux femmes enceintes dépistées positives ;
- aux parents, tuteurs, enfants et adolescents vivant avec le VIH.
En 2024, ce sont 350 personnes qui ont bénéficié de consultations psychologiques.
Les méthodes d’accompagnement psychologique
1. Soutien psychologique individuel
Des consultations individuelles sont proposées afin d’aider les personnes à exprimer leurs émotions, renforcer l’estime de soi et mieux gérer les difficultés liées à la maladie.
2. Groupes de parole
Les groupes de parole permettent aux personnes vivant avec le VIH de partager leurs expériences, de rompre l’isolement et de trouver un soutien auprès de leurs pairs.
➡ 108 personnes y ont participé en 2024.
3. Causeries éducatives individuelles
Ces séances facilitent l’échange autour de thématiques comme l’adhésion au traitement, la santé mentale ou les droits des patients.
➡ 14 séances ont été organisées avec les OEV (Orphelins et Enfants Vulnérables), et 23 entretiens individuels avec des adultes PVIH.
4. Memory Box – « Boîtes à mémoire »
Activité phare du projet « Lumière et Vie », le concept Memory Box s’adresse aux OEV présentant des troubles psychologiques aux origines diverses : difficultés familiales, deuil, rejet, non- acceptation de la maladie, stigmatisation…
Il s’agit d’organiser des camps d’une semaine, encadrés par des éducateurs, où les enfants :
- racontent leur histoire ;
- dessinent ;
- choisissent des objets symboliques ;
- construisent une boîte personnelle pour y déposer ces éléments.
Ce processus favorise l’écoute, l’expression émotionnelle, l’acceptation et la résilience.
➡ 4 camps ont été organisés en 2024, réunissant 70 enfants.
L’accompagnement social : soutenir, visiter, autonomiser
L’accompagnement social repose sur :
- des visites à domicile, à l’école ou à l’hôpital,
- l’organisation d’ateliers dans les villages,
- le soutien aux femmes pour le développement d’activités génératrices de revenus (AGR).
En 2024 :
- 56 femmes ont bénéficié d’un microcrédit à taux réduit (3 %),
- montant minimum : 10 000 FCFA (15 €)
- montant maximum : 75 000 FCFA (114 €)
- La communauté interne d’épargne et de crédit regroupe 158 femmes, favorisant entraide et autonomie financière.
Depuis 2018, « Yendouboame » se félicite de participer financièrement au salaire de la psychologue, garantissant ainsi la pérennité de ses différents accompagnements, essentiels tant pour les enfants que pour les adultes suivis par l’association « Vivre dans l’Espérance».

